Découvertes

William Ryan Fritch – Revisionist

William Ryan Fritch - Revisionist

Voilà un an que le somptueux Revisionist aurait dû éblouir le public français : et pourtant, l’œuvre magistrale de l’américain William Ryan Fritch n’aura pas traversé les frontières et ceci malgré un succès critique outre-manche, saluant un écosystème musical complexe et inventif. Fritch a prouvé ici qu’il savait remuer la terre foulée et refoulée de l’experimental folk pour y faire pousser dans la brume des fleurs graciles : pour notre plus grand plaisir d’admirateurs émerveillés par ce paysage vaporeux.

Compositeur avisé et expérimenté (plus d’une centaine de titres à son compteur), Fritch choisit de s’entourer ici des contributions de DM Stith and Esmé Patterson, propres à apporter un écho vocal puissant à ses incursions musicales. Toujours à la limite entre harmonie et dissonance (des percussions discordantes, des cordes inquiétantes, des gratouillis métalliques), son Revisionnist n’est pas sans rappeler les univers éthérés de Grizzly Bear, Bon Iver ou Olafur Arnalds. Si des titres évoquent un crépuscule mystique et figé (Winds, où le conteur américain s’entoure de ce cher Benoît Pioulard pour incanter une litanie glacée qui viendra se perdre dans l’écho des violons), d’autres se drapent d’un spleen lancinant mais jamais pathétique (Thankless Deeds, Impostors).

L’orchestration parfois chargée, presque saturée (Gloaming Light) aurait pu donner un côté baroque à ses compositions : il n’en est rien tant le troubadour américain joue sans cesse sur les variations, les nuances et les ondulations rythmiques. Celles-ci viennent de manière astucieuse appuyer la thématique centrale que peut être la vacuité et son contrepoids mélancolique que constitue le fardeau de nos vies, de nos émotions, de notre fin. Ainsi entend-on dans Still « so still, deep water must be, to see, so still, I am empty » ou dans Heavy « oh how empty, oh how empty I am, oh how heavy, oh how heavy all this weight » : sur le fil, pleines de grâce, les mélodies racées de Revisionist parviennent à enchanter l’auditeur sans le perdre. Un pari risqué pour l’artiste, qui nous propose des textes à la résonance baudelairienne (l’esprit « vaincu, fourbu » du Goût du Néant n’est pas très loin) :

I want to laugh like I did when I didn’t know better.
But I can’t forget what I’ve learned
I want love like I’ve never know heartbreak and I want to give like I’ve never been taken
from.
Can I forget all these burns?
Oh to see again with infant eyes, to revel in such virgin sights.
I am too tired to start looking again.

La bonne nouvelle, c’est que Fritch revient le 17 Juin dans un nouvel album intitulé Clean War, avec des problématiques semble-t-il plus sociétales, dont les premiers extraits sont disponibles ici. Nous serons, pour sûr, dans les starting blocks pour ouvrir l’écrin de ce nouveau bijou, en nous contentant, en attendant, des belles envolées d’Esmé Patterson :

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